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Report of the TZT 2017 by Véronique Messina

May 18, 2017

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Report of the TZT 2017 by Véronique Messina

18.05.2017

 Last week, we shared with you the report of Stephane Decressac, one of the participant of the Trans Zagora Trail 2017, who wrote about our trail for his blog. 

 

Today, we are going to talk about Véronique Messina, a French woman settled in Cambodia, who decided to join the TZT 2017. 

She did a great race, and finished 1st woman of the Trail.

 

She kindly share with us her experience and feelings about the trail in a beautiful testimony. 

 

 

Trans Zagora Trail 2017

 

Une semaine de course dans le désert marocain, l'aventure était tentante. Fin avril, je participe au TZT organisé par des amis belges rencontrés au Sri Lanka 2 ans plus tôt. Mes baskets sont en manque d'un nouveau terrain de jeu. Après le désert froid de Gobi, je veux découvrir le sable, la rocaille, les plateaux et les oasis marocains.

Cela se passe à 40 km de Zagora, 200 km annoncés en 6 jours, avec un service hôtelier inhabituel pour ce style d'événements : le bivouac de Mohamed Ahansal, qui promet 3 repas par jour, de vrais sanitaires, et des tentes avec des vrais lits. Impensable ! on est pourtant bien au milieu des dunes !

 

Je découvre le petit groupe limité à quelques connaissances des amis belges, pour une première édition test. Testeuse de trails, voilà un beau métier ! :-)

Une quinzaine de belges aux drôles d'accents, 2 autres français journalistes, et 3 athlètes marocains entraînés par Mohamed, voilà les participants du TZT 2017. On fait connaissance lors du premier repas marocain servi au bivouac, où j'apprends à dire pastèque en arabe, citrouille en flamand, et où je leur explique que "graines de chia" n'est pas une insulte. C'est beau les échanges interculturels ! :-)

 

Oui, je me suis préparée pour la course, mais j'ai quand même un gros doute concernant le terrain : comment court-on dans le sable ? Je viens pour apprendre.

L'événement est organisé par Mohamed Ahansal, 5 fois vainqueur du marathon des Sables. Le Marathon des Sables, un graal de la course à pied que de nombreux ultra-runners souhaitent simplement inscrire à leur palmarès de finisher. Rencontrer Mohamed est une première motivation pour participer.

Une seconde raison est l'aide à la communauté de cette région du Maroc. Il y a 5 ans, Mohamed a construit une école dans le désert pour les enfants des familles nomades : l'école de Boutyous. Faute d'argent public, il n'y avait malheureusement pas de professeurs. La course permet de récolter des fonds pour financer les salaires de deux instituteurs à l'année, et ainsi scolariser une quinzaine d'enfants des familles alentours. Une association a été créée et de nombreux projets sont en cours : alphabétisation de la population, installation ou approfondissements des puits...

 

Et c'est parti !

A peine sorti de l'avion, on se dégourdit les jambes l'après-midi même avec une première étape d'une vingtaine de kilomètres autour du bivouac. Premières impressions : il y a trop de cailloux, beaucoup trop !!! Je n'ai pas les yeux en face des trous, je galère à trouver mes appuis sur ces pistes rocailleuses et j'ai l'impression qu'on me fait des croche-pattes à chaque foulée. Dur dur, le démarrage. A force de scruter les pièges au sol pour éviter de me gameller, j'ai oublié de regarder autour de moi. On est pourtant bien au milieu de nulle part, mais je n'ai pas encore réalisé.

Après cette mise en jambes, je m'écroule dans mon lit sur mon matelas de 30 cm d'épaisseur aux draps propres, et je dors 9 h comme une enclume. Le lendemain au réveil, avec le premier lever de soleil qui m'accueille, je réalise : je suis dans un camp de nomades, entouré de dunettes de sable or, sous un ciel rougeoyant. Je grelotte au milieu de cette palette de couleurs. Encore une belle raison de venir, rien que pour ce matin-là.

 

Ce deuxième jour nous amène à l'école justement : 21 km aller, arrêt du chrono pour un ravito amélioré avec les enfants de l'école et les responsables du village. Le moment est solennel, puisque l'on voit le travail accompli par des gens impliqués et motivés pour améliorer leurs conditions de vie. L'échange et la rencontre prennent tout leur sens, et les sourires et les yeux ébahis des enfants ne nous laissent aucun doute.

Puis retour au bivouac pour un autre semi-marathon. Cette fois je lève les yeux : de la savane, des collines, des lits de rivière asséchés, et des cailloux qui me gênent de moins en moins.

 

Le troisième jour, c'est un long jour. 50 km inch'allah, il faut passer le col pour accéder de l'autre côté de la montagne. Un autre bivouac nous attend pour les deux prochaines nuits. Le passage de la montagne nous transporte sur la lune. J'adore ces moments d'extase où je me retrouve seule dans un décor minéral incroyable, portée par mes jambes qui ne m'en veulent même pas de les solliciter depuis des heures. Dans mes oreilles c'est Aznavour qui se met à chanter "Hier encore". Les paroles résonnent en moi : moi c'est maintenant tout de suite que j'ai toujours vingt ans, que je caresse le temps et que je joue de la vie. Je me sens vivante, pleinement ici et pleinement heureuse. Encore une belle raison d'être là.

Le plateau est d'abord une piste roulante, puis le terrain s'incline et l'on descend sur de grandes plaques de roches noires et ocres. Sous le ciel bleu, la palette est encore une fois parfaite, un régal pour les yeux. Je croise une caravane de deux dromadaires qui accompagne deux touristes.

Une fois en bas, c'est moins drôle. C'est là que la fatigue arrive, que le rythme ralentit en même temps que la température augmente et que les kilomètres s'allongent. Je rattrape quelques coureurs : enfin de la compagnie ! Mais tout le monde est mal en point. C'est pas humain de courir sous 40° pendant des heures. Et bien si. Le corps peut endurer beaucoup de choses si nous savons le motiver. Trouver une limite, l'accepter, la gérer, la dépasser... Une fois que l'épreuve est passée, on en ressort plus fort. Et on se sent pleinement humain d'avoir vécu et vaincu . Soi-même.

Le dernier ravito est offert chez une famille nomade. Un puits, une tente, quelques chèvres et dromadaires. Et une petite fille aux cheveux ébouriffés et aux yeux clairs qui me regarde boire mon thé à la menthe. La maman m'offre des dattes et m'asperge avec de l'eau en rigolant. Je souris. Moi je repars, et eux ils restent là. Sous leur tente, à côté de leur puits, au milieu des cailloux. Sous le ciel tantôt bleu et brûlant, tantôt rouge flamboyant, tantôt scintillant et glacial. Quelle vie !

Il me reste 8 km de sable avant notre nouveau bivouac. Et je commence à avoir quelques réponses à ma grosse interrogation : sur le sable, je ne cours pas. Je m'enfonce, je glisse, je patine, je divague, je progresse à 4 pattes, je jure dans les montées, je vole dans les descentes, mais à aucun moment je ne cours. Pourtant ce doit bien être possible... J'ai encore beaucoup à apprendre.

Ma montre en a marre et s'éteint à 2 km de l'arrivée. Après 7 h d'effort, le campement apparaît enfin ! Un matelas ensablé, 50 cm d'ombre, les jambes en l'air et un coca presque frais : me voilà arrivée au paradis ! :-)

 

J'ai couru trop vite, les 4x4 avec les bagages ne sont pas encore arrivés (certains mettront 9 h pour parcourir les 200 km de piste !). Pas de problème j'attends les jambes en l'air en comptant les grains de sable. Encore une belle raison d'être là.

 

L'étape du quatrième jour est neutralisée pour permettre à tout le groupe de récupérer et d'apprécier les grandes dunes de Chegaga sans regarder le chrono. 12 km à l'assaut des montagnes de sable. Un terrain de jeu fantastique, et au sommet de la plus haute dune, on se sent naufragé d'un océan doré brûlant et mouvant. Certains tentent le salto aux passages des crêtes. Je m'envole de la plus haute dune en écartant mes ailes et en éclaboussant tout autour. Je m'amuse !

Après cette belle récréation, je m'inquiète du lendemain. C'est qu'il nous faut à nouveau passer la montagne et rejoindre notre bivouac à 50 km de là. Heureusement un tajine est un merveilleux plat pour rassurer les sceptiques :-)

 

5ème jour, c'est reparti ! Même si c'est la même montagne, je découvre de nouveaux paysages. Cette fois, c'est un sentier au milieu de larges lits de rivières, des gorges et des canyons qui nous mène au pied de la montagne. Certains font même un arrêt piscine dans une oasis tout fraîche. C'est plus roulant qu'à l'aller, mais je m'économise à cause de la chaleur et de la longueur de l'étape. A 32 km, je suis au sommet. Je quitte l'erg des grandes dunes et les plateaux lunaires pour redescendre vers des terres cultivées. Le vent se lève. J'arrime ma casquette, et je sors mon buff. J'arrive au campement dans mon scaphandre après 5 h de course. Les dernières dunettes ont eu raison de moi et je marche les derniers kilomètres en maudissant ce sol meuble qui se dérobe sous chacun de mes pas.

Arrivée au bivouac, le vent forcit et je vis ma première tempête de sable. ça claque, ça fouette, ça aveugle, ça rend sourd et ça rend fou. Que fait-on dans ce vacarme ?!! On attend que ça passe. Et on mange un couscous. Pour se lester :-)

La nuit est tout aussi bruyante, la tente semble bien frêle face à ce déchaînement. Le sable est partout, dehors, mais aussi à l'intérieur et nos affaires et nos lits sont couverts de sable doré le lendemain matin.

 

La dernière étape est incertaine à cause de la météo, mais une accalmie nous permet de prendre le départ. 12 km jusqu'au village à côté. Première partie dans les dunettes toujours aussi casse-pattes, puis retour par la piste.

Et voilà, je franchis l'arche d'arrivée, 180 km de sable et de cailloux sous mes semelles ! Je sais que j'ai raison d'être ici :-)

 

Le vent reprend de plus belle. Je tente une sieste sur mon super matelas ensablé, mais le boucan est tel que l'ai l'impression de naviguer sur un océan déchaîné. Impossible de lâcher prise, je reste tendue comme si tout allait s'envoler.

Le dernier soir au bivouac, le calme revient mais le sable est partout. On accroche une boule à facette au plafond de la tente commune, et je découvre ma première discothèque berbère. Les chanteurs et danseurs gnaouis s'activent sur le tapis, les turbans et djellabas se mêlent aux débardeurs et shorts fluos, on me sert un dernier couscous, j'apprends à enlever le sable de mes yeux avec un oignon, et je regagne ma tente à tâtons sous la voie lactée.

 

TZT c'est fini. A peine une semaine, mais j'ai l'impression d'avoir fait un voyage au long cours. C'est l'immensité du désert qui allonge le temps et distend les sensations. Du brûlant au froid, du rouge feu du soleil levant au bleu du zenith, du jaune doré de l'océan dunaire au noir rocailleux des plateaux lunaires, du silence hiératique au vacarme de la tempête, du pas lourd de mes pieds sur les dunes aux foulées aériennes des coureurs marocains, du croquant des amandes au jus sucré des oranges aux ravito... Et tout ça n'a duré qu'une semaine ?...  Oui, j'ai eu raison de venir.

 


Thanks Véronique for this magnificent text that transports us and make us live again this incredible race through the Moroccan desert. 

 

English version soon ... 

 

 

 

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